Reconnaissance Vocal

L’intelligence artificielle suscite des émotions ambivalentes. Des théories folles et anxiogènes de la dite singularité, jusqu’aux fantasmes de la création d’un Nouveau Monde, l’IA alimente de nombreux débats à la fois éthiques, humains et sociétaux.

Terme, souvent galvaudé et « vendu » pour ce qu’il n’est pas, il est environné d’un verbiage « technico-intello » qui laisse perplexe le profane. Machine learning, deep learning, réseaux de neurones, synapses, apprentissage supervisé, algorithmes prédictifs, transhumanisme, bio et nanotechnologies, apprentissage par renforcement… La confusion des genres et les amalgames sont devenus si fréquents que la définition du Larousse, résumant l’intelligence artificielle par l’ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence, paraît obsolète. L’IA, dénominateur commun de la transformation et du développement des GAFA(M), s’est mise à nous parler depuis quelques années, sans que nous y prêtions réellement attention.

Société de l’IA

Simuler l’intelligence… l’expression semble bien faible au regard de ce que l’IA peut aujourd’hui nous offrir, et ce pour un coût marginal souvent nul au regard du coût de création de valeur dans d’autres industries. L’amalgame des nouveaux usages issus de la transformation digitale avec celles des capacités de calcul et des développeurs à concevoir des programmes toujours plus poussés, laisse entrevoir une nouvelle forme de société ou l’IA serait « diffuse » dans notre environnement quotidien, invisible, et pourtant palpable.

L’IA, aujourd’hui, nous parle : en moins d’un an, elle a pénétré le grand public et laissé une relation presque intime se créer entre elle et les humains par son expression vocale. Siri, Alexa, Cortana ou encore Google Assistant (l’IA de Google ne possède pas de prénom) sont les voix de nos ordinateurs et/ou de nos mobiles. Elles interviennent désormais dans notre habitat. Grâce au Google Home, Amazon Echo, ces boîtiers pas plus grands qu’un disque dur, permettent d’interagir avec son environnement pour le contrôle de ses volets, de son panier de courses, de l’éclairage, de la réservation d’un VTC, etc.

Réseau domestique. U.S. Government Accountability Office

Des initiatives plus globales orientées démotique, comme le projet SARAH ont vu le jour ces dernières années, mais l’adage « the winner takes all », qui résume parfaitement l’esprit des GAFA, démontre que sans puissance capitalistique et force commerciale exceptionnelle, coexister à côté des géants est aujourd’hui un vœu pieux.

Entre Google et Amazon la guerre est lancée depuis longtemps, mais la bataille pour pénétrer l’habitat des populations des pays industrialisés est sans merci. Amazon, leader du développement d’offres de services mais uniquement en anglais, perd un avantage considérable face à Google dont l’IA parle déjà plusieurs langues.

Intégrées dans un boîtier, ces intelligences artificielles sont aujourd’hui au cœur de notre quotidien via un micro passif et une enceinte. Même si l’utilisation de la voix est aujourd’hui assez répandue pour les requêtes courtes, récurrentes et simples, le recours à un assistant personnel est en croissance constante. Aux USA, fin 2016, 20 % des requêtes étaient vocales, d’ici à quatre ans ce sera 30 % en Europe et il n’est pas rare d’entendre certains spécialistes avancer le fait que nous parlerons bientôt plus à une intelligence artificielle qu’à notre propre conjoint !